jeudi 22 janvier 2009

Vers Acapulco

Vers Acapulco le 20 janvier 2009

J’ai quitté PuertoVallarta sur la pointe des pieds, personne ne s’en est rendu compte à l’exception de la belle Dora à la caisse qui a défroissé mes derniers 250 dineros… deux bisous sur la joue et me voilà reparti…
J’ai profité de l’occasion, tous les regards étaient tournés sur les petits écrans pour voir Monsieur Obama devenir le premier président noir (pâle) des États-unis, du monde entier qu'un commentateur a dit...mon espagnol est ce qu'il est mais enfin... « el nuevo president del mondo... » c’est pas rien!
Je sais maintenant que je peux défaire tout ce chemin si jamais… mais je suis maintenant convaincu que la route sera possible et elle l’est, luxuriante de verdure, de points de vue, des marais salés mouillés par les marées successives et ainsi de suite…
J’ai à la fois le goût de m’arrêter et prendre encore plus mon temps et le sentiment que je dois avancer, le pays est grand… à chaque 30, 40 kilomètres de route, on nous invite à se rendre au bord de la mer à 10, 20, 5, kilomètres où un hôtel, une plage nous attend.
Il est passé midi, le soleil est cuisant maintenant, à la prochaine sortie, j’y vais, je suis chanceux, une pointe de 3 kilomètres seulement… ce sont des lieux fréquentés, un immense parc de motorisés dorment, tout déployés, « tranquilos » sous les palmiers.
Les plaques sont de partout : Beautyfull British Columbia, Arkansas, Mexico, Québec, Ontario, California…
La plage s’étend sur des kilomètres de part et d’autre, un petit commerce ombragé sert de dépanneur animé par une famille où grand-papa regarde au loin, la maman gère et mène, le papa travaille à casser des noix et les enfants au nombre de trois sont assis sur le plancher de sable à côté du chien qui s’éloigne de toute forme d’activités excessives…
La plage est accessible à tous, il faut d’abord traverser le petit pont de fortune fait de sacs de sable entassés pour saluer deux alligators qui n’ont pas faim…heureusement !
Une question me chicotte :
Bonjour qu’est-ce que vous êtes venus faire ici ?
-Rien!
Pendant combien de temps ?
-Aussi longtemps que possible.
Je ne suis pas rendu encore à ce stade. Passer trois mois à ne rien faire, assis à l’ombre des palmiers, se saucer dans la mer et revenir manger et dormir…

Une saucette et je reprends la route…
J’entre alors dans un immense parc national consacré à la préservation du patrimoine mondial de la biosphère, j’ai repensé un instant à notre reconquête du Mont Orford, ils ont embauché une équipe d’émondeurs pour entretenir certaines espèces fragilisées, une équipe de quatre hommes armés de machettes qui vont y travailler pendant 4 mois. C’est un immense territoire qui va depuis la mer jusqu’en forêt, partout sur ma route des affiches nous indiquent que nous sommes sur ce territoire surveillé par des gardes armés, on y protège des pumas, entre autres…, il semble qu’on y cultive aussi des sortes de palmiers nains, des bananiers, les fruits préemballés aux arbres attendent leur maturité et leur cueillette, les sacs de plastique bleu se déchirent au vent, tout un décor! D’autres espèces complètent le tableau, elles me sont totalement inconnues…
Il me reste une heure avant la nuit et je dois remplir mon petit frigo portatif, je n'ai pas mangé de la journée, je dois absolument me trouver un refuge sur le bord de la mer…
La carte routière n’est pas précise, je demande alors…
Allez là, demandez Hernandez, dites-lui que c’est moi Maghaly qui vous réfère, il y a un p’tit hôtel minable et charmant sur la plage…
Il fait nuit, un feu de broussailles n’est pas encore éteint, non c’est le dépotoir public qu’on a décidé de brûler, pour en réduire le volume et chasser les bestioles, tout y passe, le plastique, les pneux, les frigos, le bois ,la viande, la carton, ça pue, je file, je passe au travers ce nuage enfumé et j’arrive à destination.
Hernandez est là souriant, me reçoit, et m’offre la seule chambre disponible, propre. Je m’installe, pas d’eau chaude, ce sera la douche à l’eau froide …brrrr!Il y a des tables et des chaises dehors sous l’abri. Toute la famille est là et il y a l’oncle, récemment veuf, venu de Guardalajara, à deux heures de routes, 1.7 million d’habitants.
Il est seul maintenant, il voit ma guitare et me demande d’en jouer et de chanter… il en pleure! C’est un très bon percussionniste, il me montre la photo de sa très jolie femme, il m’offre un verre de Tequila que je refuse et lui offre un verre de vin qu’il n’acceptera pas.
Un groupe de jeunes français sont là depuis deux jours et repartiront dans deux jours, ça fait du bien de causer en français un instant, je suis dans un site recherché par les amateurs de « surf », on me dit que la plage est particulièrement configurée pour les sensations fortes, prière d’en tenir compte pour la baignade me dit-on.
La grand-maman, le papa, les deux enfants sont tous assis et la nuit n’a plus de temps, seulement la fatigue me mène au lit…
Demain je crois rester pour une journée entière, j’ai été bien accueilli ici. Je partirai demain.
Roberpierre

1 commentaire:

Jacques Poirier a dit…

Ça fait vraiment plaisir de voir tes péripeties ainsi joliment décrites. C'est comme si j'y étais, me semble t'il. Faut continuer jusqu'à la Tierra Del Fuego. Les voyages forment la jeunesse et déforment les pneus, jantes et servo-machins, mais tout de même ça donne un plaisir fou aux pauvres badeaux de ma sorte, cloués dans une paralysante immobilité, nécessitantle recours à des blogues illuminés pour se détourner de la morbide fixité de leurs vies plates.